Une agricultrice et ses poules en liberté

Une agricultrice et ses poules en liberté

Laurence Petitclerc, à 23 ans, est une des rares éleveuses de poules pondeuses en liberté à posséder un quota au Québec. Photo – Francis Beaudry

Si vous avez magasiné l’an dernier au Marché public de Deschambault, vous avez probablement rencontré Laurence Petitclerc. La jeune femme de 23 ans, propriétaire du Poulailler Portn’œuf, à Saint-Alban, a atteint son objectif de produire des œufs de poules en liberté et de les vendre un peu partout dans la région.

C’est avec l’aide de sa famille, dont ses parents Nancy Langlois et Julien Petitclerc, qu’elle s’est lancée dans la production d’oeufs. Mais pas n’importe lesquels. Elle souhaitait ainsi offrir à ses poules pondeuses de meilleures conditions que celles de l’élevage industriel. Au final, son objectif était de vendre un produit frais et différent de ce qu’on trouve en épicerie.

C’est un concours des Producteurs d’œufs du Québec qui lui a donné la chance de démarrer son entreprise. Elle a développé son idée comme projet de fin d’études en technique de gestion et technologie d’entreprise agricole au Cégep de Lévis. En juin 2017, elle remportait le prix: un quota d’élevage de 500 poules et moins dans le but d’en faire la production d’œufs.

Le créneau des petits quotas d’exploitation est peu exploité au Québec. Seulement une autre personne élève un nombre semblable de poules pour la production d’oeufs dans la province.

De fille d’agriculteur à agricultrice

Entre le projet et l’arrivée de ses poules en février 2018, Laurence a dû travailler très fort. Elle a retapé les installations de l’ancienne ferme laitière de ses parents pour pouvoir accueillir les 500 poules qui lui étaient promises.

Les poules du Poulailler Portn’œuf vont pondre dans des nichoirs fabriqués sur mesure par Laurence et son père Julien. Photo – Francis Beaudry

Cette rénovation visait à aménager l’espace afin que les poules puissent circuler librement et que le nettoyage se fasse facilement. La superficie du poulailler pourrait contenir trois fois plus de poules, dit Laurence Petitclerc. Elles ont également le loisir de sortir à l’extérieur quand la température le permet.

La jeune femme avoue que sa formation collégiale ne l’avait pas préparée à vivre tout ce qu’elle a fait durant la première année de son entreprise agricole. «Tant que tu ne l’as pas fait pour vrai, tu ne l’as pas fait!» s’exclame-t-elle.

Laurence Petitclerc se réjouit de la collaboration que ses parents lui ont offerte, tout comme du soutien que lui ont apporté d’autres agriculteurs. «Je me suis entourée d’autres fermiers pour passer de la théorie à l’action», explique-t-elle. «J’ai aussi posé des questions aux gagnants du concours de l’an dernier», ajoute l’agricultrice.

Produire et vendre

Si les œufs de Portn’œuf commencent à trouver leur place dans les frigos des Portneuvois, c’est grâce au travail titanesque que la jeune femme a accompli. En raison du statut particulier de son quota, Laurence a le droit de produire des oeufs, mais elle n’a pas le droit de les vendre en faisant affaire avec un distributeur. Elle doit s’occuper elle-même de la mise en marché.

Laurence possède 500 poules pondeuses alors que la moyenne des fermes avicoles québécoises est de 30 000 poules. Photo – Francis Beaudry

«Les restaurants et les épiceries veulent mes œufs, mais je n’ai pas le droit de leur vendre», déplore Laurence Petitclerc qui a établi son propre réseau de distribution. Elle mise sur les réservations, les points de dépôt, comme chez l’Épicière de comté à Donnacona, et la vente directe, au Marché public de Deschambault par exemple. «S’occuper des poules ce n’est rien, ce qui est difficile c’est de vendre les œufs», analyse la productrice agricole.

Mine de rien, le travail acharné de la jeune femme lui a permis de vendre 11 000 douzaines d’œufs en 2018. Si elle doit cette réussite à la qualité de son produit et à son travail, Laurence Petitclerc se dit chanceuse de vendre un produit populaire, mais difficile à trouver au Québec. «On offre un produit qui est frais, qui est près d’ici et les gens savent d’où il vient. C’est ça qu’ils recherchent aujourd’hui», affirme-t-elle.

Enfin, la jeune femme se réjouit de l’enthousiasme que ses œufs suscitent. «Certaines personnes me prennent cinq douzaines par semaine pour les distribuer à leurs collègues au bureau. Tout le monde m’aide. Tout le monde autour de moi y croit», dit-elle avec enthousiasme.