Une richesse inhumaine

Saviez-vous que dans les années d’après-guerre, chaque dollar qui excédait un revenu annuel de 2 millions $ était taxé à 91%? Dans nos pays redevenus civilisés, la chose semblait alors normale: la grande crise économique et une guerre mondiale avaient appris aux dirigeants de nos pays qu’il leur fallait adopter des mesures radicales propres à civiliser l’économie. On jugeait alors qu’au-delà d’une certaine limite il était impossible pour un être humain de mériter à lui seul une fortune qui lui venait en grande partie de la collectivité.

Aujourd’hui, après que des politiciens irresponsables aient répondu positivement aux demandes des criminels financiers, cet impôt tourne autour de 23%. Sans compter tous les artifices mis à la disposition des très grandes fortunes pour payer des impôts ridicules, voire inexistants. Avec tout le conditionnement idéologique et la propagande des médias dont ils sont propriétaires, ces ultra-riches ont réussi à nous faire croire que leur richesse est normale et qu’ils sont des superhéros. Steve Job est mort comme le plus pauvre des pauvres, en rendant un dernier souffle sans pouvoir emporter un seul sou avec lui. Tout ça pour ça.

Après des années de démantèlement des règlementations, des aménagements financiers de toutes sortes toujours en faveur des mêmes et une démission des dirigeants politiques, nous revoilà dans une situation ou, pour employer les termes du vice-président d’Oxfam, «l’économie est devenue fondamentalement inhumaine».

Les chiffres publiés cette semaine par cette ONG disent l’horreur de cette situation immorale: 26 milliardaires (un milliard c’est mille fois un million, l’a-t-on oublié?) possèdent ensemble la même richesse que 3 milliards 800 millions d’individus, soit la moitié des habitants les plus pauvres de notre planète.

Globalement, les salaires sont les mêmes depuis des décennies, mais certains semblent avoir échappé à la stagnation: par exemple, Jamie Dimon, PDG de la banque JP Morgan Chase, a vu sa fortune tripler depuis 2009 après que sa banque ait été sauvée par le gouvernement américain à la suite de la finasserie des «subprimes» qui a conduit à la crise de 2006-2007. C’est ainsi que le système récompense les grands spéculateurs!

Mais on sent la colère monter un peu partout dans le monde et il est permis de croire qu’elle n’ira que grandissante. Avec le développement des moyens de communication, les basses oeuvres des coupables de ces injustices massives seront de plus en plus connues et impossibles à cacher. Comme le sont les moyens très simples de remédier rapidement à ces injustices.