Choisir la lenteur

par Robert Jasmin
Choisir la lenteur

En ces premiers jours de la nouvelle année, l’heure est encore aux souhaits et aux cadeaux. J’ai donc décidé de vous offrir un souhait et un petit présent, les deux étant étroitement liés. La vie nous met constamment devant des choix contraires et la nouvelle année nous offre l’occasion de les revisiter. Par exemple, fumer ou ne pas fumer, être sédentaire ou faire de l’exercice. Ou, et c’est ce sur quoi je veux m’attarder aujourd’hui, la vitesse ou la lenteur. Le titre de mon billet vous a éclairé sur mon choix. Pour vous l’illustrer, j’ai pensé vous faire cadeau d’un partage : des extraits d’un livre lu pendant les Fêtes, La lenteur, de Milan Kundera (Gallimard, 1995) :

« Je conduis et, dans le rétroviseur, j’observe une voiture derrière moi. La petite lumière à gauche clignote et toute la voiture émet des ondes d’impatience. Le chauffeur attend l’occasion de me doubler ; il guette ce moment comme un rapace guette un moineau. […] Je regarde dans le rétroviseur : toujours la même voiture qui ne peut me doubler à cause de la circulation en sens inverse. À côté du chauffeur est assise une femme ; pourquoi l’homme ne lui raconte-t-il pas quelque chose de drôle ? Pourquoi ne pose-t-il pas la paume sur son genou ? Au lieu de cela il maudit l’automobiliste qui, devant lui, ne roule pas assez vite, et la femme ne pense pas non plus à toucher le chauffeur de la main, elle conduit mentalement avec lui et me maudit elle aussi […]« 

Poursuivons la réflexion. La vitesse, et pas seulement en voiture, nous propulse en dehors de notre corps et du temps : nous perdons le sens du moment présent, car avec la vitesse, le moment présent disparaît, nos yeux n’en ont plus que pour ce qui adviendra et non pas pour ce qui nous entoure, ce qui nous entoure est déjà passé.

Revenons à Kundera : « Pourquoi le plaisir de la lenteur a-t-il disparu ? Ah, où sont-ils, les flâneurs d’antan? […] Celui qui contemple la nature ne s’ennuie pas; il est heureux. Dans notre monde, l’oisiveté s’est transformée en désœuvrement, ce qui est tout autre chose : le désoeuvré est frustré, s’ennuie, est à la recherche constante du mouvement qui lui manque. »

Pour l’année qui vient, je nous souhaite de laisser une plus grande place à la lenteur. Car c’est elle qui nous permet de regarder au lieu de simplement voir et d’écouter au lieu de seulement entendre.

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