Écritures d’été : né dans le ventre de Paris

par Robert Jasmin
Écritures d’été : né dans le ventre de Paris

Si vous avez lu Le ventre de Paris d’Émile Zola, vous avez une bonne idée de ce qu’étaient les Halles de Paris. Je dis une idée car, à moins d’avoir vu Paris avant 1969, vous n’avez jamais eu le bonheur de connaître la réalité de ce lieu mythique, démoli et déménagé à Rungis, en banlieue, cette année-là. Il s’agissait de plusieurs bâtiments en fer de style Baltard, d’une grande beauté architecturale, qui constituaient un marché central pour nourrir Paris tous les jours de l’année (on peut le voir sur Internet).

J’ai eu la chance de « vivre » les Halles dans les deux dernières années de leur vie et d’assister à la fameuse dernière nuit de 1969 où danses et musique se mêlaient aux larmes des Parisiens. J’avais même, quelques jours auparavant, pris mon dernier repas de nuit au Pied de cochon, la brasserie canaille ouverte jour et nuit où entraient pour un p’tit blanc, les « forts » des Halles, ces colosses aux sarreaux blancs tachés du sang des quartiers de viande qu’ils portaient sur leurs épaules. L’endroit était célèbre (et l’est toujours) pour sa soupe à l’oignon. Bon, j’arrête là mes souvenirs. C’était pour situer le lieu des propos de mon billet.

Donc, ça s’est passé aux Halles, il y a quelques siècles. Des hommes et des femmes partaient des campagnes environnantes aux petites heures du matin pour vendre leurs produits aux commerçants de Paris. Parmi ces gens, il y avait des paysans qui vendaient de l’ail. Partis dans la froideur de la nuit, ils devaient se vêtir de grosses vestes de laine pour faire le trajet jusqu’aux Halles. Un jour, l’un d’eux, tanné d’attacher et de détacher les boutons de sa veste, eu l’idée de coudre les deux pans de celle-ci afin de tout simplement passer la veste par la tête. Ses collègues eurent vite fait de l’imiter.

La mode se répandit et des Parisiens se mirent à la suivre. En les voyant de la sorte, les autres leur disaient :  » Tu t’habilles comme un marchand d’ail « . La vie s’emparant de ces deux derniers mots mots, elle laissa tomber la première syllabe pour ne garder que les deux autres, C’est depuis cette époque que la veste qu’on s’enfile par la tête est devenue un des mots les plus courants de notre langue : chandail. Un mot né dans le ventre de Paris.

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