Le Centre médical des Carrières menacé de fermeture

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Par Alain Turgeon
Le Centre médical des Carrières menacé de fermeture
Jean-Luc Frenette et Mario Alain, du comité santé, avec les médecins du Centre médical des Carrières. Photo – Alain Turgeon

Le Centre médical des Carrières qui dessert la population de l’ouest de Portneuf est menacé de fermeture et pourrait faire 13 000 patients orphelins si on n’envoie pas de renfort aux médecins.

Il y a urgence, crie le comité santé de l’ouest de Portneuf, qui a fait le point sur la situation difficile que vivent présentement les médecins du Centre médical des Carrières. La clinique est menacée de fermeture s’ils ne reçoivent pas l’aide qu’on leur a promise l’automne dernier. Les médecins ont informé le propriétaire de l’immeuble qu’ils ne renouvelleraient pas le bail de location en décembre.

«On est victime du système, lance le coordonnateur du comité santé de l’ouest de Portneuf, Jean-Luc Frenette. Nos démarches n’ont pas de réponse, c’est décourageant.»

Le comité travaille depuis trois ans pour que les services de santé soient assurés tant à l’urgence de Saint-Marc-des-Carrières qu’au centre médical où deux médecins prendront leur retraite si des renforts n’arrivent pas. Cinq médecins pratiquent actuellement au Centre médical des Carrières, dont deux seulement à temps plein. Depuis 2012, la clinique a accueilli seulement deux nouveaux médecins à un tiers de la tâche alors qu’elle en a perdu trois à temps plein, rappelle M. Frenette.

«Une grosse gifle»

Le comité prospecte dans les écoles de médecine et compte sur le retour en région des médecins pour régler le problème. Il a passé à un cheveu à deux occasions d’attirer un médecin à la clinique depuis un an, mais chaque fois, les espoirs ont été brisés. Encore tout récemment, une médecin était prête à joindre la clinique, mais elle a été dirigée vers un CHSLD à Québec pendant la pandémie.

La ministre de la Santé, Danielle McCann, avait pourtant déclaré lors d’une rencontre en novembre 2019 qu’elle autoriserait un médecin si le comité en trouvait un, affirme M. Frenette. Une demande de dérogation a été déposée en février, mais il n’y a pas eu de suite. La médecin s’est impatientée et a choisi de pratiquer dans une autre région. «On a encore perdu un médecin à cause de l’inertie du CIUSSS», a dénoncé Maryon Leclerc, membre du comité. «C’est une grosse gifle», a déclaré Jean-Luc Frenette. C’est une amère déception. La docteure était la pierre angulaire pour redémarrer la clinique, dit-il.

«Il y a un point de rupture»

Les médecins sont prêts à rester, mais pas à n’importe quel prix, lance le docteur Pierre Filteau. «Il y a un point de rupture», a commenté le médecin.

Selon M. Filteau, les frais pour le fonctionnement de la clinique et la charge de travail les découragent. Les médecins paient plus cher pour leurs locaux qu’ailleurs dans Portneuf parce qu’il sont moins nombreux à payer. La charge de travail est aussi plus grande s’il y a moins de médecins. «Quels médecins veulent s’occuper de 12 000 patients à trois?», demande M. Filteau. Selon lui, plus la clinique attirera de médecins, plus d’autres voudront venir parce que la charge sera répartie.

La docteure Louise Grenon voudrait prendre sa retraite à la fin de l’année. «Ce n’est pas agréable de partir dans un contexte de la fermeture de la clinique», dit-elle. Le docteur Filteau y pense aussi. Le docteur Gaston Guimont a pris sa retraite à la fin de 2019 après 40 ans passés à la clinique, mais il revient donner un coup de main à ses collègues une journée par semaine en plus d’aider le super infirmier.

Julie Blanchet et Marie-Ève Lesage, toutes deux de Pont-Rouge, ont choisi de pratiquer au Centre médical de Saint-Marc-des-Carrières. Toutes les deux vantent la qualité de l’équipe et le climat de travail dans la clinique. Elles travaillent une journée et demie par semaine à la clinique parce qu’elles pratiquent aussi dans les établissements publics.

Mme Lesage est arrivée la première au Centre médical des Carrières. Elle préférait pratiquer à distance de son lieu de résidence et «ç’a cliqué» en rencontrant l’équipe. Julie Blanchet est l’amie de la docteure Lesage qui faisait l’éloge du groupe de médecins. Elle a écouté ses recommandations et n’a jamais regretté son choix, affirme-t-elle.

Moins bien nanti

L’ouest de Portneuf est le moins bien nanti des secteurs de Portneuf. Il a deux fois moins de médecins que les autres  pour un même bassin de population et il a plus de lits en CHSLD, note Jean-Luc Frenette.

Le comité n’abandonne pas. Il veut créer un organisme sans but lucratif pour gérer la clinique et assurer des conditions pour attirer des médecins. Le propriétaire serait prêt à investir 300 000$ pour rénover la clinique. «Un OBNL va avoir un produit à présenter pour attirer des candidats», dit le maire de Portneuf et membre du comité santé, Mario Alain. Les huit municipalités de l’ouest ont accepté de collaborer financièrement et l’appui du milieu sera aussi sollicité.

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