Grogne envers l’administration municipale à Cap-Santé

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Par Mathieu Hardy
Grogne envers l’administration municipale à Cap-Santé
Claude Moisan et Marc-André Papillon font partie des citoyens de Cap-Santé qui s’insurgent contre la hausse de taxes provoquée, à leur avis, par une mauvaise gestion des finances de la Ville de Cap-Santé. (Photo : Mathieu Hardy)

L’opposition citoyenne s’organise à Cap-Santé, où les contribuables ont vu augmenter de près de 25 % leur compte de taxes en deux ans. Cette hausse – qui ne serait que la pointe de l’iceberg, selon des citoyens mécontents – est de trop. C’est néanmoins ce qui fait en sorte qu’ils réclament la démission du maire et de la direction générale, ce à quoi réagit le premier magistrat de la Ville, Michel Blackburn, en affirmant s’acquitter de sa tâche avec « intégrité, courage, humilité et détermination ». 

Si les citoyens membres du Comité pour un compte de taxes accessible s’insurgent contre la hausse des taxes que leur réclamera la Ville en 2023, c’est parce qu’ils en ont assez des mauvaises surprises qui découlent des décisions prises par leur administration municipale. 

Marc-André Papillon, Claude Moisan et trois autres de leurs concitoyens ont commencé à suivre avec attention les dépenses de la Ville de Cap-Santé puis à analyser leurs répercussions sur les finances publiques et le portefeuille des Capsantéens lors de l’annonce du projet d’escalier panoramique. « Ç’a été la bougie d’allumage », souligne M. Moisan, en entrevue. 

En plus de s’insurger contre la hausse du compte de taxes, MM. Papillon et Moisan se disent excédés par les mauvaises décisions de l’administration Blackburn : entre autres l’achat du manoir Allsopp et du presbytère, qui selon eux, sont des actifs qui ont un poids énorme sur les finances de la Ville de Cap-Santé et qui, disent-ils, ne contribuent en rien au rayonnement de la municipalité. 

Manque de transparence 

Lors d’une rencontre, ils ont étalé une multitude de faits documentés et en ce sens, ils déplorent le manque de proximité avec les citoyens. « La directrice générale (NDLR. : Nancy Sirois) en mène large et essaie de contourner l’information pour ne pas la livrer aux citoyens », affirme Claude Moisan, citant en exemple une demande des états financiers de la Ville, ce qui a nécessité des mois d’attente. « Les faits sont manipulés pour bien paraître », déclare, pour sa part, Marc-André Papillon.  

Dans d’autres circonstances, commentent-ils, la Ville se tourne vers la bureaucratie pour allonger, compliquer ou faire avorter les procédures entreprises par les citoyens. 

Dette de 14 M$ 

Les représentants du comité citoyen affirment, données à l’appui, que ces projets présentés pour mettre de la « poudre aux yeux » ont de graves conséquences la dette totale brute, qui est en croissance constante depuis l’accession de Michel Blackburn, à la mairie, en 2018. Entre 2019 et 2021, la dette totale brute de la Ville est passée de 11 536 755 $ à 14 294 678 $. Un document de la firme comptable Lemieux Nolet fait état d’une augmentation d’environ 6 M$ pendant cette période. 

« C’est un non-respect des payeurs de taxes », clament les citoyens en attendant de le recevoir telle une lettre à la poste. Leurs dépenses augmenteront, en moyenne, de près de 230 $ comparativement à 2022. 

Réserves épuisées 

Dans un article publié par Le Soleil le 9 janvier, le maire Blackburn a justifié la hausse de taxes vertigineuse par le fait que les réserves financières de Cap-Santé sont épuisées. La Ville se tourne donc vers les citoyens et leur refile la facture. 

Or, aux yeux des membres du Comité pour un compte de taxes accessible, cette stratégie découlant d’un manque de planification est inacceptable, surtout quand le déficit accumulé entre 2019 et 2021 plafonne 1 M$, alors qu’en 2018, la Ville détenait l’équivalent de ce montant en surplus. Surplus qui a fondu. 

À ce titre, soulignons que la Ville de Cap-Santé est dans la mire de gestionnaires de la Commission municipale du Québec et qu’elle fait l’objet d’un audit de performance, dont les résultats seront dévoilés l’automne prochain. 

Le maire Blackburn s’explique 

Après avoir rencontré deux des membres du Comité pour un compte de taxes accessible, le Courrier s’est tourné vers le maire de Cap-Santé pour lui poser quelques questions relativement à ses déclarations au journal Le Soleil ou sur des précisions souhaitées de la part des citoyens rencontrés. Puisque Michel Blackburn a tenu à ce que ses réponses formulées par écrit soient publiées intégralement, nous vous présentons ses propos sous forme d’une entrevue question et réponse. 

Courrier – En ce qui a trait à la planification pour le parc industriel, qu’a-t-il été fait depuis le début de votre mandat pour favoriser l’accueil d’entreprises afin de diminuer la pression fiscale sur les citoyens? 

MB – Votre question est intéressante, mais avant de répondre précisément à la question il faut mettre en place le contexte. Avant de procéder à quelques changements, j’ai étudié en détail le portrait des affectations (types de zonage) du territoire pour comprendre d’où venait ma richesse foncière (ma source principale de revenu). Le constat est le suivant :  92 % de mes recettes de taxations proviennent du zonage résidentiel, dont 87% des résidences unifamiliales isolées. La conséquence de ce modèle de planification urbaine est que lorsque la Ville met en place des services aux citoyens et qu’elle entre dans une phase ou ses infrastructures sont à rénover, ce sont les propriétaires de résidences qui doivent assumer la presque totalité de la facture. Afin de remédier à cet état, j’ai mis en place une stratégie à quatre volets. La planification du développement industriel étant une des quatre facettes de ma stratégie pour modifier l’assiette de taxation dont j’ai hérité et la plus longue à mettre en place.  Je ne peux parler de celle-ci sans parler des autres. La première, la plus facile à réaliser, était la révision complète des taux de taxation et tarifs. Au cours de mon premier mandat,nous avons procédé à une mise à niveau des taux de taxation pour les commerces et industries pour qu’ils soient comparables à ce qui fait dans la MRC. Compte tenu de leur contribution relativement petite sur l’ensemble, cela a réduit d’un peu la pression sur les propriétés privées résidentielles. Les deux modifications les plus importantes ont été de doubler le taux de taxation sur les terrains vacants desservis. Cela a eu un effet important et immédiat sur les spéculateurs et contribue à un gain de près de 60 000$ de plus par année. La révision du mode de taxation des ICI pour la collecte des matières résiduelles aura permis de sauver près de 40 000$ par années aux résidents. Le deuxième volet, la planification des développements résidentiels. Il va sans dire que compte tenu du portrait de la ville. Les gains à court terme se trouvent ici. Orienté sur un développement de 12 unités d’habitations par hectare, il est clair que si nous poursuivons dans cette voie le modèle Cap-Santé ne peut tenir. C’est pourquoi j’ai modifié la norme à 25 unités d’habitations par hectare. Ce qui se fait actuellement chez nos voisins. Ce faisant, un apport en résidences jumelées et multifamiliales permet de réduire à long terme la part de la contribution de chacun à l’effort municipal. Une autre façon de soulager les propriétaires de résidences unifamiliales isolés. De plus, cette stratégie nous permet d’améliorer l’accès à la propriété, mais aussi d’offrir des alternatives de logements aux aînés qui désirent demeurer à Cap-Santé, mais qui n’ont plus les ressources ou l’énergie de conserver leur maison. Le troisième volet tourne autour du développement commercial. Comment profiter de la présence d’axes routiers majeurs sur notre territoire tout en composant avec une période où la fonction commerciale est en profonde mutation ? Nous avons mis en place une réglementation qui permet aux entreprises de services de type consultants, ou travailleurs autonomes de s’établir sur la 138 pour y résider tout en ayant accès aux avantages de l’affichage qui est généralement réservé aux zones commerciales. Cette réglementation innovante permet de tirer avantage de revenus qui nous viennent généralement que du zonage commercial. Nous avons également modifié la grille des usages de plusieurs de nos zones commerciales afin d’augmenter les opportunités d’entreprises compatibles avec le milieu. Cette stratégie a fonctionné, à témoin l’ancien bâtiment industriel qui abritait RPM Tech et qui était vacant depuis près de 15 ans, est maintenant occupé par cinq entreprises qui sont parties de Québec pour s’installer chez nous. Enfin, le volet industriel. Le plus difficile et le plus long à réaliser. Après que la mairesse Noreau ait saboté l’entrée du développement commercial et industriel à l’entrée de la ville, il est devenu impossible d’accéder à plus de 800 000 pieds carrés de zonage commercial et industriel le long de l’autoroute 40. Depuis maintenant quatre ans que je travaille à trouver une desserte pour remédier à cela. J’ai également le projet de Quartier des affaires en face des bureaux de la MRC qui avance. Il faut comprendre qu’à l’heure où l’on se parle, alors que les villes voisines de Cap-Santé commencent à parler d’agrandissement de leurs parcs industriels existants et font des demandes de dézonage agricole pour les agrandir, ici à Cap-Santé, je suis encore à éduquer certaines personnes sur les vertus de la fonction industrielle tant sur les revenus de la Ville que sur sa vitalité en général. Ce qui est malheureux, c’est que les gens ne se rendent pas compte du nombre de nouvelles entreprises à Cap-Santé depuis mon arrivée en poste. Ce sont les premiers fruits d’une démarche ardue. J’en suis très fier. 

 

Courrier – Quelles mesures prendrez-vous dans les prochaines années pour réduire au maximum les dépenses municipales ? Citez des exemples concrets. 

MB – La fonction principale d’une municipalité est d’offrir des services de proximité à ses citoyens. Une fois les ressources allouées aux services de base, les mesures qui seront prises pour réduire les dépenses auront donc une incidence directe sur la quantité et la qualité des services offerts. Prenons, par exemple, l’entente de service pour la piscine et l’aréna qui nous avons conclue avec Donnacona. Certains résidents n’utilisent pas ces équipements et pensent que nous devrions annuler l’entente. D’autres, dont moi, pensent le contraire. Idem pour le financement des événements comme le Noël d’antan ou la contribution collective au camp de jour. L’essentiel des dépenses de fonctionnement de la Ville est pour les services de base. Notre marge de manœuvre est infime et nos gestionnaires font des pieds et des mains pour maximiser chaque dollar qui leur est confié. Nous avons des mesures de contrôles budgétaires, d’approbation, de factures et d’attribution de contrat. Nous avons le schéma d’aménagement régional, le plan d’urbanisme et notre politique familiale qui sont nos guides pour nos dépenses d’investissement en immobilisation. Les dépenses les plus faciles à couper, ce sont les autres dépenses qui sont de nature plus communautaire, telle l’entente de service avec Donnacona, la contribution aux événements, la mise en valeur de nos parcs et installations. Cela relève plus de la vision que l’on a du milieu de vie auquel on aspire et doit être débattue en campagne électorale et non à la pièce à chaque budget. Mes détracteurs voudraient qu’on ferme la lumière à Donnacona et qu’on l’ouvre à Portneuf. Désolé, je ne suis pas le maire de cette ville-là. Cela dit, nous avons investi plus en quatre ans en amélioration des réseaux d’aqueducs, d’égouts, usine de traitement des eaux et infrastructures que les 15 années qui m’ont précédé. Vous ne pensez quand même pas que je vais être gêné d’avoir entretenu et modernisé nos installations. La mesure que je prends c’est de digérer une partie de la dette relative à ces investissements avant d’en faire d’autres. Ça n’a pas semblé choquer mes détracteurs, qu’ils ne se fassent presque rien dans ces domaines pendant 15 ans. Ils ne seront certainement pas fâchés que je n’en fasse pas pendant deux ans. 

 

Courrier – Les citoyens rencontrés réclament la vente d’actifs comme le manoir Allsopp afin de rétablir les finances de la ville. Qu’en dites-vous ? 

 

MB – Premièrement, cela démontre leur profonde incompréhension des grandes affections de notre territoire et ne tient pas compte de la localisation stratégique de ces 750 000 pieds carrés d’espace public adossé à la rivière Jacques-Cartier, au fleuve et au parc des Berges de Donnacona comme moteur de développement à long terme. Deuxièmement, ce site vient s’ajouter au 750 000 pieds carré de terrain qui longe la rivière Jacques-Cartier. Ce qui fait de ce parc de 1,5 million de pieds carrés au cœur de la ville un legs extraordinaire pour les citoyens du secteur et pour l’ensemble des citoyens et citoyennes. Troisièmement, l’impact financier du site sur le budget de fonctionnement de la Ville est marginal. Son coût d’entretien annuel étant de 8000$. Enfin, le conseil a unanimement voté pour procéder à l’acquisition du site en 2019, deux ans avant les élections. Nous avons présenté la vision à court et long terme pour la mise en valeur de ce site. Les citoyens ont eu deux ans pour se faire une tête et personne ne s’est présenté aux dernières élections pour dépouiller les citoyens de leur site. Maintenant si des gens veulent en faire le bouc émissaire de leur mécontentement et dépouiller les citoyens de ce joyau qui nous appartient à tous, qu’ils se présentent en 2025 et le proposent lors de la prochaine campagne électorale. 

 

Courrier – Comme vous l’avez sûrement lu dans Le Soleil, votre démission est réclamée. Qu’avez-vous à dire à ce sujet ? 

MB – J’ai l’immense privilège de représenter la Ville de Cap-Santé comme maire, j’en suis très fier et m’acquitte de ma tâche avec intégrité, courage, humilité et détermination. Je représente la Ville au niveau régional et national avec passion. Je n’ai pas la prétention de penser que je fais l’affaire de tout le monde et je n’agis pas non plus pour plaire à tout le monde. Je ne me laisserai certainement pas intimider par ce genre de propos. Je ne ménage pas mon temps à expliquer la vision de développement que je propose comme en témoignent les nombreux articles que j’ai publiés dans notre journal municipal. Certains se disent de grands démocrates, mais voudraient refaire les élections du moment qu’ils ne sont pas contents. Ce n’est pas comme cela que ça fonctionne. Ceux qui ont d’autres choses à offrir, ils sont bienvenus de le faire à la prochaine élection générale. Donc, à la place de réclamer ma démission, qu’ils se présentent pour la prendre ma place.  Les citoyens feront alors leur choix. Je suis très serein avec ça. 

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Sylvain Bourgoing
Sylvain Bourgoing
8 jours

Il gère la ville à lui seul , la preuve c est qu il dit à ces conseiller de ce taire lorsque ça fait pas son affaires , ça semble beaucoup à un règne de dictature et d entêtement. Rien n est bon sauf ces idée et certains conseillers suivent , pourquoi ???ça fait 2 ans que les gens sont mécontents et il n a rien fait pour améliorer ça, au contraire .