De Metz à Saint-Ubalde malgré la pandémie

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Par Alain Turgeon
De Metz à Saint-Ubalde malgré la pandémie
Nicolas et Claire Blaise ont immigré de France pour travailler dans une résidence pour personnes âgées à Saint-Ubalde. Photo -Courtoisie

Mélanie Goulet et Steve Boutet cherchaient de l’aide pour leur résidence pour aînés à Saint-Ubalde. À des milliers de kilomètres de là, Nicolas et Claire Blaise rêvaient d’aventure. Ils ont été exaucés. Depuis huit mois, le couple français travaille à la résidence.

Au moment où le réseau de la santé cherche à recruter 1700 infirmières et plus de 200 préposés aux bénéficiaires à l’étranger, les propriétaires de la résidence La Belle Vie ont déjà comblé leurs besoins. «Ce sont deux belles, deux bonnes personnes. On est choyés», dit d’entrée de jeu le copropriétaire de la résidence, Steve Boutet, quand il parle de ses deux nouveaux employés français qu’il a recrutés juste avant le début de la pandémie.

Les propriétaires de la résidence pour aînés La Belle Vie ont participé à l’opération « Le Mois du Québec en France », un projet de recrutement d’Accès-Travail Portneuf en octobre 2019 alors qu’une caravane s’est arrêtée dans 20 villes françaises. M. Boutet et Mme Goulet ont commencé leurs démarches pour recruter une préposée le 23 septembre 2019. À peu près au même moment, Claire et Nicolas Blaise entreprennent leurs démarches pour travailler à l’étranger et la caravane s’arrête dans leur commune Metz le 9 octobre. Claire est préposée en France, son conjoint Nicolas est aide-ambulancier.

Lorsqu’elle a vu le dépliant de la résidence de Saint-Ubalde, Mme Blaise a craqué pour l’endroit, dit le copropriétaire, et elle a communiqué avec lui par courriel se disant fort intéressée par le poste. «J’ai vraiment été chanceux. Quand j’ai vu que quelqu’un m’avait envoyé un CV, j’étais sur le dos. En quelques jours, j’avais quelqu’un», lance-t-il. Mais que faire de Nicolas? Les propriétaires ont besoin de renfort à la résidence, pourquoi ne pas embaucher aussi le conjoint?

«Ce n’est pas facile au Québec d’embaucher par Zoom, mais engager à partir de la France, c’est un coup de dé pour nous et pour eux. On a fait confiance à la vie. Ils nous ont fait confiance de A à Z. Je n’aurais jamais eu leur courage», dit M. Boutet.

Contretemps

Le 8 janvier 2020, les deux parties ont enclenché des démarches avec une avocate. En même temps, il fallait trouver un domicile à ces nouveaux employés venus d’outre-mer. Le courtier immobilier Donald Denis et son frère Simon ont acheté une maison et l’ont louée pour deux ans, la durée du permis de travail des Blaise.

Le couple dans la trentaine avec deux enfants en bas âge et un chien devait arriver à Saint-Ubalde à la mi-mars, mais la pandémie de COVID-19 a perturbé leurs plans. Le couple avait déjà tout vendu pour s’envoler vers le Canada. Claire a reçu son permis de travail le 12 mars, mais pas son conjoint et les frontières ont été fermées quatre jours plus tard.

À la mi-mai, l’équipe de M. Boutet et Mme Goulet est épuisée. Il faut que ça débloque. On fait appel au député fédéral Joël Godin le 20 mai. Son intervention permet à Nicolas d’obtenir enfin son permis de travail. M. Boutet est allé les accueillir à l’aéroport Montréal-Trudeau le 7 juin, un peu déçu de ne pas avoir pu le faire comme il aurait aimé à cause de la COVID-19, dit-il. Après une quarantaine de 14 jours, ils ont commencé à travailler le 22 juin. Les deux nouveaux employés ont dû refaire les formations de base avec la collaboration du CIUSSS pour exercer leur métier.

Selon M. Boutet, les résidents étaient un peu anxieux de voir les deux nouveaux employés arrivés d’un pays durement touché par la pandémie et de surcroît s’exprimant avec un vocabulaire et un accent différents derrière un masque.

La résidence pour aînés La Belle Vie a 11 chambres, dont 8 en ressources intermédiaires pour une clientèle plus lourde. Elle a obtenu cette certification en février 2020. Sept préposés et une cuisinière forment l’équipe. «On a une équipe vraiment forte, dit M. Boutet. Les employés sont vraiment les colonnes de notre résidence.» Le personnel a été vacciné le 29 décembre et les résidents le 26 janvier.

«Ça se passe super bien» – Nicolas Blaise

Nicolas et Claire Blaise, avec leurs enfants Chloé et Maxime, s’adaptent à la vie québécoise. Photo -Courtoisie

«Ça fait un changement radical par rapport à ce qu’on a connu en France, dit Nicolas Blaise, mais pour l’instant on se sent bien, ça se passe super bien.»

Nicolas, âgé de 31 ans, Claire, 30 ans, et leurs enfants Chloé, 6 ans, et Maxime, 4 ans s’adaptent bien à la réalité québécoise. «On s’était bien préparés psychologiquement à avoir un changement radical», souligne M. Blaise.

«On a eu un très très bon accueil à Saint-Ubalde», reconnaît-il. Cela leur a permis de passer les deux semaines de la quarantaine en isolement total quand même relativement bien. «Après, Steeve [Boutet] nous a beaucoup aidés. L’adaptation a été plus facile grâce à l’entourage. Les gens étaient là pour les rassurer, explique-t-il.

Les Blaise ont quitté leur pays pour s’ouvrir au monde. «Ce n’est pas qu’on n’était pas bien en France, mais à 30 ans j’avais envie de vivre quelque chose». Il voulait déménager, mais pas dans une autre ville de France. «On s’est dit qu’on aimerait peut-être tenter une nouvelle expérience, s’intéresser aux autres cultures, s’ouvrir au monde». Le couple a songé aux pays voisins d’Europe, puis s’est renseigné sur le Canada. «On a vu que c’est un pays ouvert où les mentalités étaient complètement différentes», explique le père de famille. Et pourquoi ne pas partir pour le Québec où il n’y a pas la barrière de la langue même si quelques expressions sont différentes, poursuit-il.

C’est en s’informant sur le Web qu’il a vu la mission du Québec en France. «On s’est dit que ce serait bien d’aller voir ça.»  Lors des premières démarches, le couple a réfléchi aux conséquences qu’aurait leur décision puisque leur vie est en France. «On s’est dit : les enfants sont en bas âge et si ça ne marche pas on pourra toujours rentrer après deux ans», raconte M. Blaise.

«L’idéal, ce serait de s’installer ici»

«Nous, l’idéal, ce serait de s’installer ici, confirme M. Blaise. On va voir comment ça va se passer pour nous.» Leur permis de travail est de deux ans. Ils doivent amorcer le processus de renouvellement à l’été pour demeurer au Québec. Ils sont préoccupés à la suite du changement des règles d’immigration depuis leur arrivée. Leur employeur Steeve Boutet s’inquiète. «On ne peut pas croire que le gouvernement va retourner dans leur pays deux personnes qui s’impliquent».

Les enfants vont à l’école primaire de la Morelle. Chloé est en première année et Maxime en maternelle 4 ans. Ça se passe bien et ils commencent même à avoir «un petit accent québécois», note leur père. Les grands espaces et la proximité avec la nature les ont séduits. M. Blaise était un peu craintif à cause de la neige, mais ça se passe relativement bien, affirme-t-il. «On s’adapte à la vie québécoise et on aime ça».

«C’est une très très bonne expérience. On ne regrette pas», assure-t-il. Il y a des jours où il y a des petits coups de blues c’est normal, la famille et les amis qu’on voyait qui nous manquent, et après ça va», confie-t-il. Les Blaise utilisent les réseaux sociaux pour rester en contact. «Ce n’est pas pareil, mais on peut s’appeler presque tous les jours». Une fois que la COVID-19 sera passée que les frontières rouvriront et les règles sanitaires seront un peu plus souples, la famille pourra venir et ils pourront faire découvrir tout ce qu’ils ont vécu.

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Thibodeau Gisèle

Les gens de St-Ubalde sont unique! Ils ont toujours du temps pour accueillir des personnes d’ailleurs et leur laisser du temps pour faire leurs preuves! Et ils en sortent toujours grandi et même reconnaissant. Dommage qu’il n’y aie pas plus de gens comme les gens de ce beau Village! Ils se démarquent vraiment!