L’exilé, le comte et le député

NDLR : Avant de partir en vacances, notre chroniqueur a laissé à ses lecteurs un texte sous forme de feuilleton léger pour la période estivale.  3e de 3: L’univers félin de monsieur le comte. Résumé : Le père Bradet, exilé à Paris, me transmet une invitation à souper chez le comte Pierre Trayer de Druisy. On m’a dit de prendre l’ascenseur jusqu’au 6e et dernier étage puis de frapper à la porte devant moi en sortant. Ce que je fis. J’ai été surpris d’entendre quelqu’un descendre des marches. L’appartement du comte était donc dans les combles sous le toit. La porte s’ouvrit et une vieille dame en noir, avec un oeil fermé nous invita à entrer et à la suivre. En gravissant les marches, je vis deux chats venir à la rencontre de la vieille dame et se frotter à sa robe noire. L’escalier nous conduisit dans une pièce encombrée d’objets hétéroclites, allant d’une tapisserie ancienne à des vases plus ou moins exotiques. J’avais l’impression de me retrouver dans le décor que j’avais imaginé à la lecture du livre de Charles Dickens, Les grandes espérances. Je remarquai dans un soliflore, un petit drapeau du Québec. La dame en noire nous pria de passer dans la pièce voisine, un petit salon, et de prendre place dans un fauteuil. Aussitôt assis, un troisième chat monta sur le dossier de mon fauteuil, et s’y installa confortablement en me frôlant le cou. Un homme entra et se présenta : « Je suis le comte Pierre Trayer de Druisy ». Nous allions enfin comprendre la raison de cette invitation. Depuis la Révolution, les gens de la noblesse avaient dû se recycler. Monsieur le comte était devenu le directeur de l’École d’électricité de Paris. C’est à ce titre qu’il fut invité par Hydro Québec à faire la visite du barrage de la Manic. Il fut tellement bien reçu par les autorités de l’Hydro qu’il revint en France avec l’idée de parrainer des étudiants québécois à Paris. Il nous annonça qu’il nous invitait à sa table les mardis soir. Après un certain moment, la comtesse vint se joindre à nous alors que la dame en noir était toujours là. On apprit que cette dernière était une amie de la famille. La comtesse nous dit que nous allions bientôt passer à table. La dame en noir, toujours accompagnée de ses deux chats ajouta : « Oui, et Minou ne devrait pas tarder ». Sur ces mots, on entendit frapper à la porte du bas de l’escalier. La dame aux chats se leva pour aller répondre. Ses chats suivirent, comme il se doit.