L’exilé, le comte et le député

NDLR : Avant de partir en vacances, notre chroniqueur a laissé à ses lecteurs un texte sous forme de feuilleton léger pour la période estivale. 2e de 3: À l’ombre de Matignon. Résumé du 1er épisode : étudiant à Paris en 1968,  j’ai rencontré par hasard le père Henri Bradet, ex-directeur de la revue Maintenant, exilé à Paris. La Fraternité sacerdotale est l’endroit où demeuraient les prêtres québécois de passage à Paris pour des études. C’était un immeuble du 18e, un ancien hôtel particulier, m’a-t-on dit, et qui aurait été la demeure de Talleyrand (toute information sur la véracité de cet allégué serait la bienvenue). Je m’y présentai suite à l’invitation du père Bradet. Comme plusieurs anciennes riches demeures parisiennes, celle-ci ne payait pas de mine vue de la rue, mais elle cachait un vaste jardin dans sa cour. Bradet habitait au fond du jardin dans ce qui était autrefois la demeure du jardinier. La hauteur et la nature du mur arrière du jardin ne m’ont pas surpris lorsque j’appris qu’il s’agissait du mur mitoyen qui séparait le jardin de celui de Matignon, la résidence officielle du premier ministre. À mon arrivée, un autre visiteur s’apprêtait à quitter les lieux, un certain Victor Lévy-Beaulieu. Il avait mon âge et n’était pas encore VLB ou l’auteur de Bouscotte. Cette rencontre fut assez brève, mais ce ne fut pas la dernière. Lévy-Beaulieu et moi nous sommes retrouvés quelques années plus tard alors qu’il logeait au Manoir de Neuville pour y préparer une série d’émissions sur Roger Lemelin. Mais ceci est une autre histoire. Bradet et moi avons repassé en mémoire ces soirées de débats (oui, à cette époque on débattait encore publiquement et en personne) avec des gens de la trempe des Pierre Vadeboncoeur, Jacques Grand’maison et des jeunes Turcs de la revue Parti Pris. Il fut question de la visite récente du général De Gaulle au Québec et de l’assassinat de Che Guevara commandité par les agents secrets américains. Je serais curieux de l’entendre aujourd’hui épiloguer sur la chute de l’empire américain ( pas celui imaginé par Arcand, mais le vrai). Nous avons aussi, bien entendu, évoqué l’affaire Bradet qui continuait à faire des vagues au Québec. Ce n’est qu’à la fin qu’il me dévoila le fameux message dont il m’avait parlé au téléphone : ma conjointe et moi étions attendus pour souper chez monsieur le Comte Pierre Trayer de Druisy le mardi suivant. J’allais passer de la Rive gauche à la Rive droite. La semaine prochaine : L’univers félin de monsieur le comte.