Deux signes controversés

Dans le débat sur la laïcité, les défenseurs du voile islamique traitent allègrement d’islamophobe toute personne qui n’est pas de leur avis. En toute logique, ils devraient accuser de christianophobie celui qui veut retirer le crucifix des murs de l’Assemblée nationale. Pourquoi pas, tant qu’à y être, une journée contre la christianophobie. Soyons sérieux : défendre le principe de la laïcité n’est pas être contre les signes religieux ou la religion. C’est affirmer que l’État ou ses représentants ne peuvent afficher d’appartenance à une religion quelconque, et ce, pour mieux représenter la population sans discrimination. Ce principe fait largement consensus dans la population québécoise à l’exception du maintien du crucifix sur les murs de l’Assemblée nationale et du voile chez les enseignantes, deux signes particulièrement visibles.

En toute logique, on ne peut prétendre défendre le principe de la laïcité de l’État si ses représentants siègent sous le signe chrétien par excellence. En passant, le crucifix n’a été accroché au mur du Salon bleu qu’en 1936 sous le gouvernement de Maurice Duplessis. C’est un vestige d’une époque pas très lointaine au cours de laquelle le clergé catholique avait une réelle emprise sur le gouvernement. On peut le conserver à ce titre, mais ailleurs, comme on l’a fait pour d’autres objets historiques relatifs à l’Assemblée nationale.

Quant au voile islamique, il ne fait problème pour les enseignantes que sur les heures de travail. Le principe de la laïcité ne les empêche aucunement de porter le voile sur la rue, au supermarché ou dans un lieu public quelconque. Un expert disait hier à la radio que les enfants sont sensibles à tout ce qui se présente sous leurs yeux (c’est pourquoi une loi québécoise interdit la publicité télévisée destinée aux enfants). De plus, il ne fait aucun doute dans mon esprit que les enseignantes exercent un rôle d’autorité sur les enfants.

Si on veut que l’école soit un lieu non identifié à une religion quelconque, il est important d’en exclure tout signe religieux visible sur les murs comme sur les personnes. Une enseignante n’a pas à être mise en situation de répondre aux questions légitimes d’un enfant sur ses croyances intimes alors qu’elle est perçue comme modèle pour lui. Un dernier mot sur le nombre d’enseignantes touchées par une telle interdiction : ce nombre importe peu, car il s’agit d’une question de principe, celui de la laïcité et celui de la protection de l’esprit des enfants.