«Quand le devoir t’appelle, il faut que tu répondes»

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Par Denise Paquin
«Quand le devoir t’appelle, il faut que tu répondes»
ean-Claude Paquet devant une photo de lui au combat lors de l'incendie qui a ravagé le centre-ville de Saint-Raymond dans la nuit du 1er mai 2016, le moment marquant de sa carrière de directeur des incendies et de la sécurité publique. Photo - Denise Paquin

Le 28 mai, Jean-Claude Paquet est sorti pour la dernière fois de sa caserne, disant adieu à sa troupe et à son titre de chef du service incendie et sécurité publique de Saint-Raymond. Ses collaborateurs auraient bien aimé lui lever une haie d’honneur, mais, pandémie oblige, c’est sous les applaudissements qu’il est monté, comme passager cette fois, dans le véhicule de service qui l’a conduit chez lui.

Jean-Claude Paquet aura marqué ses concitoyens et le métier de pompier autant par sa longue carrière que par son sens du devoir hors du commun. «Ça fait 54 ans que je dors avec la pagette et la radio près de moi», aime-t-il à dire, illustrant la complète fusion de l’homme à la fonction, 24 h sur 24.

Mercredi dernier, Jean-Claude Paquet a fait ses adieux à ses collègues de la caserne. Photo – Ville de Saint-Raymond

Le chef avait tout de même donné quelques signes précurseurs de son départ, qu’une oreille attentive aurait pu noter. «Lorsqu’on m’a donné la médaille des 50 ans de service, il y en a qui m’ont demandé : “On va-tu te revoir au 55e ?” Je leur avais répondu : “Non!”», rappelle-t-il, comme heureux de les avoir pris au mot.

Jean-Claude Paquet le reconnaît : être au service de ses concitoyens est une valeur innée chez lui. Au point où peu de gens savent qu’il a déjà eu une vie avant de joindre la brigade incendie !

Il a déjà travaillé pour l’entreprise de tournage Bourassa Industries. «On fabriquait des balais et des moppes. Moi, j’étais sur la teinture. Après, on a fait des pattes de meubles», se rappelle-t-il. Rien à voir avec la poussée d’adrénaline que provoque un «call» d’accident !

C’est en devenant ambulancier qu’il a eu son premier contact avec les services d’urgence. «J’ai été embauché en 1966 par Roland Cantin, le propriétaire», raconte-t-il. Il travaillera pour le service ambulancier local durant 40 ans. Parallèlement, il s’engagera comme pompier volontaire dans la brigade de Saint-Raymond. Il gravira les échelons jusqu’à en devenir le directeur en 2006. Avec les responsabilités qui se sont ajoutées au fil des ans pour la ville, notamment la gestion du risque d’inondation, il est aussi devenu responsable de la sécurité publique.

Quand on lui demande son âge, Jean-Claude Paquet lance tout de go : «C’est ça qui m’a fait arrêter !» Il a pris conscience que le temps avait passé et qu’à 78 ans il avait moins d’années devant lui que derrière.

L’homme affirme avoir pris sa décision après l’inauguration de la nouvelle caserne, une bâtisse de 4,3 M$, la plus grosse du genre dans la MRC, construite pour desservir Saint-Raymond et les environs pour une bonne vingtaine d’années.

«J’étais assis dans mon bureau et je me suis dit qu’il était peut-être temps d’arrêter si je voulais qu’il me reste de bonnes années à faire, raconte-t-il. La caserne est bâtie. La flotte de camions est là. Je me suis dit : “mission accomplie!”»

C’est la pensée qu’il était temps d’être présent auprès de sa femme, de ses deux fils, de sa famille, qui l’a vu trop souvent se lever de table en plein milieu d’un repas ou au beau milieu de la nuit, qui l’a résolu à tirer un trait. Avec près de 150 appels d’urgence à gérer, il sait qu’il l’a fait passer en deuxième de nombreuses fois. «Tu as une fête, un souper de famille, et assez souvent il y a un appel. Il faut que tu partes. Tu reviens, ils sont tous partis», laisse-t-il tomber. «Quand le devoir t’appelle, il faut que tu répondes», se défend-il.

Parmi tous les événements qu’il a vécus, l’incendie au centre-ville dans la nuit du 1er mai 2016 l’a marqué plus que tout autre. «Ça a été un combat d’équipe. On a été capables de l’arrêter. On a travaillé pour sauver le centre-ville. Je remercie tous les pompiers», déclare-t-il. Le trou toujours béant dans la rue Saint-Joseph rappelle que quatre édifices ont été ravagés par les flammes, dont les bureaux de DeryTelecom et de la télévision CJSR, qui avait perdu 40 ans d’archives. Deux personnes avaient été blessées.

Jean-Claude Paquet compte ralentir le rythme maintenant.  «Je vais prendre ça plus mollo», assure-t-il. Il restera dans les environs, car il n’est pas «un gars de voyage». Il a même trouvé son projet de retraite : faire du bénévolat ! L’ex-chef restera au service de ses concitoyens. Toutefois, il ne faudra pas se surprendre de le voir en train d’inspecter le couvert de glace sur la rivière Sainte-Anne le printemps prochain…

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Brian Morse
Brian Morse
4 mois

Félicitations Jean-Claude.

Vous avez accompli un travail exemplaire au service de votre communauté.

Bone retraite.