Les proches aidants retournent au CHLSD: «C’est bien stressant, la première visite»- Nicole Tremblay

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Par Denise Paquin
Les proches aidants retournent au CHLSD: «C’est bien stressant, la première visite»- Nicole Tremblay
Le processus d’entrée des proches aidants significatifs est exigeant, mais il en vaut la peine autant pour les résidents que pour leurs proches. Photo – Denise Paquin

Le 11 mai, Nicole Tremblay est retournée pour la première fois au CHSLD de Pont-Rouge visiter son conjoint, André, qu’elle n’avait pas vu depuis deux mois en raison de la pandémie. Malgré ses appréhensions, il n’était pas question qu’elle rate ce rendez-vous.

«C’est bien stressant, la première visite. Ah ! oui», reconnaît d’emblée la résidente de Donnacona en entrevue téléphonique le 15 mai.

«Quand j’ai su que les proches aidants pouvaient entrer le 11, j’ai téléphoné tout de suite au chef d’unité de vie qui m’a envoyé les directives par courriel. J’avais hâte. Ça faisait exactement deux mois que je n’y étais pas allée», explique Nicole Tremblay.

Elle fait partie des premiers Portneuvois qui ont pu rencontrer un parent hébergé en CHSLD dans Portneuf à la suite de la permission donnée par le premier ministre François Legault. Le 8 mai, la ministre des Aînés Marguerite Blais a facilité l’entrée des proches en levant l’obligation de passer un test de dépistage de la COVID-19 pour obtenir le droit de visite.

Depuis que son conjoint est hébergé à Pont-Rouge en raison d’une démence vasculaire mixte, Nicole Tremblay s’y rend deux fois par semaine. «Ça va faire 10 ans, au mois d’août, qu’il est parti de la maison», dit-elle.

Une de ses préoccupations était de savoir si elle était «une proche aidante significative». Le chef d’unité de vie le lui a confirmé: «Je ne donne pas de soins physiques à mon conjoint, mais étant donné que j’y allais aux deux jours, j’étais considérée comme une proche aidante significative, surtout du point de vue moral, psychologique.»

À l’arrivée, après s’être désinfecté les mains sous les yeux du garde de sécurité qui note les entrées et sorties, une infirmière lui a expliqué les directives, comme de porter le masque en tout temps et de se désinfecter les mains. Elle a signé un formulaire par lequel elle reconnaît sa responsabilité à ne pas être contaminée à la COVID-19, afin de ne pas transmettre l’affection à André avec qui elle est mariée depuis 53 ans.

«Si j’enlève mon masque pour boire, elle m’a expliqué qu’il faut tout le temps que je le prenne par les oreilles. Je vois M. Legault à la télé qui le prend par en avant. Il ne passerait pas au centre !» lance-t-elle en riant.

Mme Tremblay se réjouit au moins de ne pas avoir eu besoin d’enfiler la «jaquette» jaune. Le CHSLD de Pont-Rouge est une «zone froide», sans cas de COVID-19. «C’est tant mieux parce que je ne suis pas sûre que j’y serais allée bien souvent», lance-t-elle en riant.

Mme Tremblay anticipait la réaction de son conjoint qui a perdu la notion du temps qui passe. «Il m’a reconnu et il était content de me voir. Il était très content», dit-elle. Durant les deux heures qu’elle a passées auprès de lui, elle s’est rendu compte qu’il n’avait aucune idée de ce qu’était le coronavirus qui fait trembler la planète.

Elle souligne que la communication est plus facile en personne. «Depuis un mois, on peut communiquer avec un résident avec une tablette, mais mon conjoint n’en comprend pas le fonctionnement. Étant donné que j’y vais, j’ai lâché la tablette», explique-t-elle.

Les visiteurs peuvent au moins apporter de la nourriture de la maison, une nouvelle directive de la fête des Mères qui se poursuit, du moment qu’elle est dans un contenant qui peut être désinfecté. «Cela leur rappelle la maison», dit Nicole Tremblay.

Mais il est impossible d’apporter quoi que ce soit d’autre. «Moi j’entretenais son linge, maintenant je ne peux plus», dit-elle. Quand elle arrive au centre, elle ne peut apporter aucun effet personnel. «J’ai une petite liseuse que j’aimais bien apporter ou mon café de chez McDo, c’est pas du tout», ajoute Mme Tremblay.

«Une fois rendue-là, c’est comme avant. Ça a bien été. Dans le fond, ça m’a sécurisée. Je pense que j’étais plus contente que lui. Je retrouvais mes repères, le personnel aussi, dont je m’étais beaucoup ennuyée», relate celle qui est membre du Comité de résidents du Centre d’hébergement Pont-Rouge.

Elle témoigne que la pandémie a changé sa vie : «Ça m’a coupé les ailes. C’est épouvantable. J’y allais aux deux jours en plus comme membre du comité des résidents. On avait de beaux projets. On était occupés jusqu’au mois de juillet. On prévoyait inaugurer une nouvelle terrasse», raconte-t-elle. Les cours de chant qu’elle suit avec Manon Chénard-Marcotte se sont aussi arrêtés, tout comme le projet de récital qu’elle devait donner le 12 mai dans la grande salle du CHLSD. «Pour les résidents, la musique c’est la dernière mémoire. Ils se rappellent les paroles. Les yeux s’illuminent», dit-elle.

En attendant un retour à la vie normale, Nicole Tremblay a souligné le 80e anniversaire de son conjoint le 27 mai.

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