Le nécessaire ennui

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Par Geneviève Lapointe
Le nécessaire ennui

Vous aviez prévu cueillir des pommes cet après-midi mais une trombe de pluie vous impose de reporter votre projet. Vous êtes déçus, vous devenez las et vous n’avez pas le goût de trouver une activité de remplacement. Vous aimeriez vous épargner ce mauvais moment à passer. Cependant, pour vous consoler, sachez que l’ennui est utile.

En effet, une erreur importante serait de croire que l’ennui est un état à éviter à tout prix. Ses détracteurs diront qu’il diminue l’efficacité en rendant paresseux et qu’il est une perte de temps. Ils le croient anormal et susceptible d’engendrer des problèmes psychologiques plus substantiels tels que la dépression. En vérité, le professionnel de la santé pense tout le contraire, à condition que l’ennui se présente sporadiquement et à petites doses.
En fait, l’ennui fait partie de la vie depuis toujours. On le définit, non pas comme un état où l’on a rien à faire, mais comme le fait de désirer vivre une activité satisfaisante sans arriver à la mettre en place, ce qui engendre de la frustration. Cet état de frustration est appelé l’ennui. De manière générale, il est transitoire et sujet à s’effacer lorsque l’environnement change pour devenir davantage stimulant.

Les gens qui ont une tendance à agir en fonction de facteurs extérieurs seront plus enclins à éprouver de l’ennui, tout comme ceux qui recherchent constamment des sensations fortes. Mais, apprivoiser l’ennui n’est pas impossible. Il suffit de profiter de ces moments pour observer ce qu’il y a autour de soi et tenter de porter attention aux détails. On dit que le cerveau se rend alors disponible pour faire un travail important. Ces moments d’ennui, s’ils sont accueillis, vont servir à saisir le sens de ce qui est important pour notre vie. C’est pourquoi il ne faut pas chercher à les fuir en se distrayant.

On peut constater, chez l’enfant, que l’ennui est structurant car elle lui permet de chercher un jeu ou une activité qui lui plait vraiment et qui servira à extérioriser ce dont il a besoin d’exprimer. En contrepartie, les enfants qui, pour tromper l’ennui, restent longtemps assis devant un écran n’apprennent pas à reconnaître ce dont ils ont envie. Passifs, ils se laissent envahir par le jeu informatique et ne puisent pas dans leur imaginaire pour donner un sens à ce qu’ils vivent et extérioriser leurs émotions. Ils sont captifs d’un jeu qui empêche l’organisation psychique saine. C’est assez dramatique, à mon sens, que de tout petits soient hypothéqués sur une fonction essentielle à leur développement affectif, eux qui ont pourtant une capacité encore beaucoup plus grande que nous pour faire quelque chose à partir de rien!

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